Dans une lette publiée aujourd'hui dans le Devoir et la Presse, les frères Rémillard annoncent la couleur que prendra l'information au cours des prochains mois, à savoir qu'ils «inviteront les citoyens à être partie prenante de l'information véhiculée.» Soit, mais vise t-on l'émancipation et la participation ou uniquement l'exploitation 2.0?
C'est aujourd'hui que débutent les audiences du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) sur l'avenir de TQS. En effet, le réseau de télévision généraliste entend obtenir l'aval de l'organisme réglementaire afin de changer son contrôle de Cogeco à Remstar Diffusion. Autant à Montréal qu'à Québec, on s'attend à ce que de nombreux intervenants présentent leur mémoire et fassent état de leur inquiétude à voir disparaître une autre salle de nouvelles.
Dans une lettre ouverte publiée dans la Presse et le Devoir, les frères Rémillard invoquent principalement des arguments économiques afin de convaincre le CRTC du bienfait de leur décision d'abolir les bulletins de nouvelles.
En prenant la décision de privilégier la programmation originale québécoise, au-delà de la survie de TQS, nous avons fait le choix de maintenir et d'augmenter ses investissements dans la production culturelle locale partout au Québec. À terme, ce sont des centaines d'emplois directs et indirects qui seront maintenus et des dizaines de millions de dollars de retombées économiques pour tout le Québec. Cette décision permettra notamment de préserver plus de 400 emplois, dont plus de 210 à TQS.
Rémillard, Maxime et Julien. Audiences du CRTC - Si TQS devenait un jour rentable... Le Devoir.
Cela dit, dans le contexte de cette chronique, difficile de ne pas être surpris par ces quelques lignes:
Dans cet environnement en pleine mutation, TQS doit repenser son rôle en fonction de ses moyens financiers. Nous sommes convaincus que ce rôle doit s'orienter vers l'analyse et l'interprétation des nouvelles brutes qui reflètent la réalité des communautés et des régions que TQS dessert. Nous inviterons également les citoyens à être partie prenante de l'information véhiculée, par leurs témoignages, l'expression de leurs opinions, et leurs interactions avec les animateurs et analystes. Cette nouvelle formule s'inscrit parfaitement dans notre souhait de démocratiser l'information à TQS.
Sauf erreur de notre part, les frères Rémillard entendent donc jouer la carte du journalisme civique afin de «compenser» la perte de plusieurs dizaines de journalistes.
Journalisme civique. Web 2.0. Participation des internautes. Dans le contexte de crise que vivent les médias en ce moment, dites-vous bien que nous risquons d'entendre régulièrement cet argument de la participation citoyenne. Sauf qu'il ne faudrait pas que cela devienne une justification à démanteler des salles de nouvelles et à remercier des journalistes. Le journalisme professionnel et le journalisme civique peuvent très bien cohabiter ensemble. Mais favoriser l'un au dépend de l'autre est une erreur qui, à terme, risque de ne pas connaître du succès.
De plus, il ne faudrait surtout pas prendre les internautes pour des cons. Comme le soulignait avec justesse Francis Pisani dans un billet récent, il y a un véritable problème lorsqu'un «groupe de presse licencie des journalistes en même temps ou presque qu'il ouvre ses colonnes à la participation de tous.»
Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un système d'exploitation PLUS que d'émancipation, mais je n'ai aucun doute qu'il rend l'exploitation possible... tant qu'il n'y a pas de protestations.
Pisani, Francis. Web 2.0 en mai 1968... Transnets
Et celui-ci de citer un texte de Nicolas Carr selon lequel:
«Le système économique du Web 2.0 s'est révélé être dans les faits, à défaut de l'être intentionnellement, un système d'exploitation plus que d'émancipation. En mettant les moyens de production entre les mains des masses tout en leur niant la propriété du produit de leur travail, le Web 2.0 fournit un mécanisme extraordinairement efficace pour récolter la valeur économique du travail fourni gratuitement par le plus grand nombre et le concentrer dans les mains d'une infime minorité.»
Donnons la chance au coureur et attendons voir la conclusion de ces audiences pour enfin connaître officiellement la stratégie des frères Rémillard afin de remettre à flots TQS. Tout en se rappelant les mots de Nicolas Carr.
Mise à jour: Entendu aujourd'hui lors des audiences du CRTC, TQS y aller d'un plaidoyer en faveur du journalisme civique. Mais c'était sans compter LA question d'un commissaire: «Pouvez-nous indiquer un autre réseau de télévision qui a adopté votre vision de voir et de faire l'information aujourd'hui?» Rien, aucune réponse, aucun exemple. «Nous serions les premiers au Canada» de répondre le représentant de Remstar/TQS. Ce qui me fait dire que les frères Rémillard et leurs conseilleurs n'ont pas fait leurs devoirs correctement, car ils ont vu la solution du journalisme civique comme une solution économique uniquement, et non pas comme une nouvelle facon de faire de l'information, une façon d'innover.
En complément de lecture:
Vers un TQS 2.0?
par Michel Dumais
Aucune objection à ce que la télé généraliste en devienne une généréaliste. En autant que pour ce faire elle ne transite point vers l'exploitation pure au seul profit d'une couple de personnes, vers une médiocrisation accrue du 'transport', de la cueillette ou de la diffusion de l'information, ou encore vers son piratage - en 'kidnappant' l'info laborieusement cherchée et produite par Quebecor, Gesca et R.-C., et en se «l'appropriant» aux fins de commentaires gueulards plutôt qu'en vue d'analyse sérieuse, honnête, profonde et posée.
Le fait qu'on ait demandé à deux «marleaux» de faire partie de L'Équipe du XXIIe siècle, à titre d'«analystes» «chevronnés» inspirant le respect, nommément Doc Mailloux (l'homme-Événement lui-même plutôt qu'analyste critique d'événements) et maire Gendron (qui a lui-même reconnu être incontrôlable lorsqu'il y a caméra allumée devant lui), donne un bel aperçu de ce qui nous 'attend' au chapitre de la «qualité»-'plus' à cette antenne, si c'est Remstar qu'on accrédite aux fins du sauvetage de TQS mais non de cela/ceux-là seul[s] qui lui conféraient une certaine valeur.